Menace sur les gaves en haute vallée d’Aspe

Projets de microcentrales hydroélectriques

 

Deux projets de microcentrales concernant le gave d’Ansabère et le Lauga à Lescun ainsi que le Larry à Urdos ont été rejetés par le Préfet en décembre 2010. Mais aujourd’hui la commune de Lescun et la SHEM-Suez contestent ces décisions par tous les moyens.

Dans quels contextes se situent ces projets ?

L’Ansabère, le Lauga, le Larry sont des affluents du gave d’Aspe, lui-même affluent du gave d’Oloron. Le gave d’Aspe a payé un lourd tribut à la circulation routière depuis l’ouverture du tunnel du Somport en mars 2003 : une vingtaine de camions accidentés, dont une pollution majeure et la chenalisation du gave à plusieurs endroits.

D’autre part, les combats contre les microcentrales ne datent pas d’hier : les SEPANSO Béarn et Pays Basque s’étaient opposées à celle d’Holzarte il y a plus de 20 ans, puis d’Aydius et d’Arbéost dans les années 90 et à celle d’Auterrive (démolie en 2004).

Les temps ont changé mais les microcentrales reviennent en force : projets en Ariège, en Haute-Garonne et dans les Pyrénées-Atlantiques (à Lescun et Urdos qui nous préoccupent ici, et bientôt à Aydius et Bedous ... pour la seule vallée d’Aspe). Les usiniers se précipitent car d’ici 1 an le préfet coordonnateur de bassin aura créé le classement (au titre de l’article L 214-17 du code de l’environnement) limitant le nombre de rivières pouvant recevoir de l’hydroélectricité.

Des milieux exceptionnels

Le gave d’Ansabère et le Lauga sont identifiés "réservoir biologique" et "cours d’eau en très bon état". C’est là, autour de 1 000 m d’altitude, qu’abondent les truites, dans des milieux d’excellente qualité classés Natura 2000. Les espèces animales les plus rares sont attestées : desman, euprocte, grenouille rousse, cincle plongeur.

Le Larry constitue aujourd’hui l’un des rares défilés encore sauvage (et intact, sans prise d’eau) à la qualité de l’eau et aux spécificités fonctionnelles remarquables du point de vue paysager, écologique et hydro-géomorphologique. On retrouve, ici encore, le desman, la truite, l’euprocte et le cincle plongeur.

Des projets destructeurs

Le projet de Lescun consiste à mettre 90% de l’eau des deux ruisseaux sous tuyaux, le Lauga sur 1524 mètres linéaires et l’Ansabère sur 2560 ml, avec une puissance de 3495 Kw pour produire 12 Millions de Kwh. Le projet est porté par la commune qui table sur un bénéfice de 60 000 € par an. Elle est appuyée par la SERHY.

À Urdos, le projet porté par la SHEM concerne plus de la moitié de son linéaire. Le Larry serait dérivé sous tuyau pour 88% de son eau, ce qui infligerait un régime d’étiage sévère 291 jours par an.

Peut-on oser parler d’énergie propre tout en voulant assécher les derniers cours d’eau pyrénéens encore intacts ? Débit réduit à 10 %, rupture de la continuité écologique,... les dommages au milieu, à la faune et la flore sont considérables.

Enfin, comment parler de production d’énergie sans demander que les efforts d’économies d’énergie et d’efficacité énergétique ne soient posés comme préalable ?
Une petite centrale hydroélectrique correspond à la consommation d’environ 5 000 à 10 000 enseignes lumineuses de publicité. La production de ces centrales équivaut à la mise aux normes Bâtiment Basse Consommation d’Énergie de seulement 2000 pavillons.

Les enquêtes publiques

L’enquête publique à Lescun s’est déroulée du 29 décembre 2009 au 29 janvier 2010. Nous nous sommes mobilisés pour faire entendre nos voix auprès du commissaire-enquêteur. Les premières 220 signatures de la pétition (version papier) lui ont été portées, ainsi que notre déposition. Il y a eu 51 dépositions contre, venant de toute la France (dont 4 de Lescun), et 16 pour, dont 14 d’élus et 2 de Lescun. Une déposition a disparu : celle du WWF. La pétition des pêcheurs (1200 signatures) a été mentionnée mais n’a pas été prise en compte au motif que les gens s’exprimaient avant l’enquête publique sans avoir pris connaissance du dossier...

L’enquête publique à Urdos s’est déroulée du 25 mars au 26 avril 2010. Elle a été marquée par une très forte mobilisation de la population d’Urdos et des salariés de l’hydroélectricité dans les vallées en faveur du projet.

Un arrêté préfectoral (n° 09/EAU/24), fait à Pau le 27 février 2009 protégeait le Larry de l’emprise hydroélectrique de la SHEM. Il a été abrogé 3 mois plus tard au motif que "par souci de transparence, il est opportun d’associer la commune et le public à la procédure de consultation, au moyen d’une enquête publique" (arrêté préfectoral n° 2009-149-10 du 29 mai 2009).

Le Coderst

Le Comité Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques du 28 septembre 2010 a donné lieu à trois heures de débats serrés en présence des naturalistes et des avocats des porteurs de projets qui affirmaient protéger la nature en mettant 90 % de l’eau sous tuyaux. Surfant sur les mots, l’avocat de Shem-Suez affirmait qu’il suffisait d’être “compatible” et non “conforme” avec le SDAGE Adour-Garonne et la loi eau. Un autre avocat se prévalait d’un arrêt de la Cour administrative d’appel de Lyon favorable à une nouvelle microcentrale.

Le jugement sur Ustou en Ariège

Le 29 novembre 2010, les protecteurs de la nature gagnent en appel à Bordeaux contre un projet ariégeois situé à Ustou sur le même type de ruisseau identifié comme en très bon état écologique, avec présence de desmans, euproctes des Pyrénées et tritons palmés.

Les arrêtés préfectoraux de refus

Longuement attendus, les arrêtés préfectoraux du 14 décembre 2010, forts d’une longue liste de "considérant" prouvant la richesse et la fragilité de ces milieux, protègent ces torrents de tête de bassin.

2011 : La contre-offensive des industriels

La SHEM-SUEZ demande une expertise.
La commune de Lescun dépose un recours contre l’arrêté préfectoral.
Les arrêts des Cours administratives d’appel de Bordeaux et Lyon sont devant le Conseil d’État.

Le nouveau classement des cours d’eau : le bras de fer

Le SDAGE Adour-Garonne du 1er décembre 2009 avait identifié la qualité des cours d’eau en vue d’un nouveau classement. Effectivement, dans toute la France, le classement de la loi de 1919 doit être révisé d’ici fin 2012. Les enjeux sont considérables : selon le niveau de protection, les nouveaux équipements hydroélectriques (barrages, microcentrales) seront autorisés ou non. La directive cadre européenne sur l’eau d’octobre 2000 qui pose comme objectif de résultat l’atteinte du bon état des eaux en 2015 entre en contradiction avec la directive sur les énergies renouvelables qui, elle, pousse au développement de l’hydroélectricité. Le Grenelle prévoit 7 milliards de kWh hydrauliques de plus d’ici 2020, ambitions réduites depuis à 3 milliards. La priorité doit être la modernisation et l’optimisation des ouvrages existants, plutôt que d’artificialiser le chevelu des têtes de bassin. D’autant qu’il ne reste que 15% des cours d’eau pyrénéens à ne pas être impactés.

Téléchargez la plaquette

PDF - 1.3 Mo