Espèce invasive : le frelon asiatique

 

Lettre envoyée aux mairies de l’agglomération paloise et à la presse locale au printemps 2011.

Considérant que la lutte contre le frelon asiatique est devenue un thème de campagne électorale lors des dernières élections et que nombre de municipalités ont suivi des consignes peu soucieuses des recommandations scientifiques, la SÉPANSO Pyrénées-Atlantiques tient à donner son point de vue.

Il existe un référent incontestable pour la lutte contre le frelon asiatique, c’est le Muséum National d’Histoire Naturelle, à Paris. Voici le paragraphe de l’article du Muséum sur la lutte contre le frelon asiatique, issu du site internet de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) :

Lutte, piégage

Une lutte irraisonnée contre une espèce invasive peut conduire à favoriser son installation. Cela a été trop souvent le cas par le passé. Les espèces invasives ont en général une très forte capacité d’adaptation et de dispersion. C’est le cas du frelon asiatique à pattes jaunes. Les méthodes de lutte qui ont un impact sur le reste de l’environnement risquent donc de desservir nos espèces locales en faveur de ce dernier. Dans l’attente de nouvelles découvertes et de méthodes de lutte spécifiques, il vaut mieux suivre les recommandations suivantes :

- Éviter le piégeage des femelles fondatrices de Frelon asiatique. C’est en effet la période de l’année où la lutte contre Vespa velutina est la plus vaine. Cette espèce produit de très nombreuses femelles fondatrices (jusqu’à plus de 300 pour un très gros nid), et le printemps est la période où la mortalité des fondatrices de frelons comme de guêpes est la plus élevée, en grande partie du fait de la compétition intervenant entre individus d’une même espèce. Détruire certaines fondatrices à cette période ne fait que laisser la place à d’autres. De plus, il n’y a actuellement aucun piège réellement sélectif vis-à-vis du frelon asiatique. Même un piège dit « sélectif » a un impact sur les insectes non cibles, car si une sélection physique partielle a lieu pour certains insectes (trop gros pour pénétrer dans le piège ou assez petits pour s’échapper par les petits trous latéraux), le séjour, même court, dans un piège peut avoir un impact (excès de chaleur, humidité, etc.) sur la survie ou la fécondité des insectes capturés. Pour qu’un piège soit réellement efficace, il faut que son appât soit attractif pour le frelon asiatique, répulsif pour les autres insectes et durable dans le temps. Des recherches dans ce sens par l’INRA de Bordeaux et par au moins une entreprise privée (Veto-Pharma) sont en cours.

- En cas d’attaque de frelon asiatique sur un rucher et uniquement dans ce cas. Il faut poser des pièges à sélection physique (pour diminuer l’impact sur les autres espèces), avec comme appât du jus de vieille cire fermentée (appât qui a donné de bons résultats dans ces conditions), mais il faut poser les pièges uniquement au niveau du rucher. Ceci permet de diminuer la pression de prédation et d’affaiblir les colonies de frelon. Ces pièges doivent être en général posés à partir de juillet et jusqu’à la fin de la saison.

- La destruction des colonies reste la méthode la plus efficace pour diminuer les populations de frelon asiatique. Celle-ci doit se faire le plus tôt possible et jusque fin novembre. Le frelon asiatique étant diurne, les nids devront être détruits à la tombée de la nuit ou au lever du jour. Ainsi la quasi-totalité de la colonie pourra être éliminée. La destruction des nids au cours de la journée (notamment à l’aide d’une lance à eau ou d’un fusil) fait augmenter considérablement les risques d’accident. Tous les individus volant hors du nid ne seront pas tués et pourront rapidement reconstruire un nid à proximité ; ils resteront en outre très énervés plusieurs jours durant. Si la reine est encore vivante, la colonie pourra encore produire des mâles et des femelles sexués, mais si la reine est morte, la colonie ne produira plus que des sexués mâles ; dans les deux cas, l’activité de prédation sera poursuivie. À ce jour, les meilleures techniques de destruction utilisent une perche télescopique pour injection d’insecticide. Il faudra ensuite descendre le nid et le brûler pour que les insectes morts et l’insecticide ne soient pas consommés par les oiseaux. Si le nid est accessible, il est possible de le détruire sans insecticide, en bouchant le trou d’entrée avec du coton, puis en le mettant dans un sac avant de le détacher et de tuer la colonie par congélation. Il faut toujours être équipé d’une combinaison de protection contre les frelons.
Il est préférable de se limiter à ces méthodes de lutte tant que de nouvelles techniques plus efficaces n’auront pas été mises au point. Cela ne veut pas dire « rester inactif », mais « faire au mieux dans l’état actuel des connaissances ».

Le Muséum a le seul tort de ne pas avoir su communiquer aussi bien que les vendeurs de pièges...

La communauté scientifique a 50 ans de recul, notamment avec l’invasion de la guêpe européenne en Nouvelle-Zélande, les pièges n’y ont jamais montré aucune efficacité. Bordeaux, malgré les 15 000 pièges, est l’endroit où il y a le plus de frelons et on peut déduire que beaucoup d’autres insectes ont disparus, du fait aussi de ces pièges !

D’une manière générale, on calcule que l’impact sur les autres insectes de 10 pièges (type piège à bière) équivaut à la prédation d’un seul nid de frelon asiatique. On comprend donc l’hécatombe induite à l’échelle d’un village, quand un conseil municipal mal éclairé préconise par un courrier dans chaque boîte à lettre ce genre d’action à tous ses habitants ! Cet impact ne peut pas se mesurer à la vue des insectes morts dans le piège puisque c’est le passage dans ce piège qui induira pour les insectes qui ne font qu’y passer un affaiblissement, une incapacité à se reproduire et la mort.

Les pièges vendus actuellement par Véto-Pharma sont dits "pièges à frelons et autres", même s’ils sont mieux conçus que les pièges à bière, ils ne sont pas sélectifs.

Le printemps, comme l’explique l’article du Muséum, est en plus la plus mauvaise des périodes pour piéger.

On peut aussi noter que les prédateurs habituels du frelon d’Europe comme la bondrée apivore ou le guêpier européen pourraient s’attaquer au frelon asiatique s’ils ne s’étaient pas raréfiés dans les zones péri-urbaines (mais le guêpier a toujours été plutôt rare ici) .

Il est primordial de rappeler qu’avant la prédation du frelon asiatique, les abeilles sont avant tout fragilisées par plusieurs facteurs : l’usage des pesticides (elles sont particulièrement vulnérables aux toxines chimiques), la disparition des haies, de la variété des fleurs des champs... au profit des monocultures, et aussi des parasites comme les varroas (depuis le début des année 1960), etc.

Nous soulignons enfin l’importance de remplir le formulaire de signalement et de le renvoyer au Muséum pour suivre l’expansion de l’espèce.