2 - Une aberration avérée

 

Projet inutile, dévastateur et cher, véritable projet d’inutilité publique et erreur monumentale, tel a-t-il toujours été dénoncé mais en vain par les opposants, dont les associations ARLP (Alternative Régionale Langon Pau) et SEPANSO.
« Pot de terre contre pot de fer », jusqu’en Conseil d’État !

Aujourd’hui, le caprice de nos élus aquitains, encouragés par la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) de Pau et BAP (association Béarn Adour Pyrénées), est réalisé. Plus d’une année s’est écoulée depuis sa mise en service le 16 décembre 2010 ; il fallait à tout prix ouvrir à la circulation le plus tôt possible pour essayer de rentabiliser au plus vite, compte tenu de l’état des finances d’Eiffage.

A ce jour, les constats sont indéniables :
- un environnement irrémédiablement détruit,
- un coût énorme compte tenu des difficultés liées aux contraintes imposées par le tracé,
- un trafic très faible d’où des inquiétudes grandissantes quant à la rentabilité de l’ouvrage et une question : « Qui va payer ? ». « Nous, contribuables, sans doute ! ». Ce faible trafic n’était-il pourtant pas prévisible ? Le trafic moyen sur l’axe initial étant de 7000 véhicules/jour en moyenne entre Langon et Pau, comment les décideurs ont-ils réussi à faire croire que l’autoroute était indispensable ?

1 - Le coût environnemental de l’A65 est considérable

Le choix du tracé s’est porté sur le plus pénalisant. Malgré les déclarations du Grenelle de l’Environnement, une destruction incommensurable et irrémédiable, a obtenu le « feu vert » de l’État. La dérogation autorisant la destruction de nombreuses espèces, habitats…, signée par Monsieur Jean-Louis Borloo alors ministre de l’environnement et des transports, n’a eu que peu d’écho dans la presse. Le Canard enchaîné a fait partie des quelques exceptions, publiant le 23 juillet 2008 un article dont le titre à lui seul est expressif : « La pipistrelle vous salue bien. »

En deux années de construction, les territoires sont devenus méconnaissables et la qualité de vie à la campagne à tout jamais perdue pour les habitants.

L’infrastructure a bel et bien détruit 2000 hectares d’espaces naturels, dont des terres agricoles, des forêts, 8 zones NATURA 2000, de nombreux habitats et espèces protégées (vison d’Europe, écrevisse à pattes blanches, papillon Fadet des laîches, entre autres), des exploitations agricoles, des habitations, de nombreux sites (forêts en Gironde, sites classés des étangs de Bostens et forêts dans les Landes, coteaux du Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques) ainsi que la qualité de vie des habitants.

Terres agricoles impactées et détruites. Non seulement tout a été détruit sur une bande de 500 mètres de large, mais à côté et de surcroît, il a fallu rétablir des départementales, les modifier, prévoir les échangeurs, les aires de repos, les zones d’activités (surtout à chacun la sienne pour les élus locaux, fierté d’élu oblige ! voir Garlin, Thèze)…
Il a fallu procéder à des remembrements ; pour ce faire, les haies existantes ont été détruites. Quelques haies nouvelles ont été plantées : seront-elles suffisantes pour éviter des inondations de cultures ?

Forêts détruites, dont des arbres centenaires et bien d’autres … Avec les forêts, que d’habitats détruits et d’espèces purement et simplement éliminées !
La forêt des Landes, qui a déjà beaucoup souffert de la tempête Klaus, est coupée en deux par une large saignée, provoquant, en plus de la destruction de nombreux pins, une rupture fatale au sein d’un corridor écologique initialement très riche.

Sources détruites ou perturbées, nombreuses dans les coteaux du Béarn. Espérons que l’eau dont le cheminement a été perturbé, ne réserve pas de mauvaise surprise à l’avenir.
Qu’en est-il de la nappe phréatique du « miocène » qui serait « entamée » à Bazas ?

Nombreux habitants impactés  : pollution de l’air, pollution visuelle, pollution sonore, expropriations !
La chaux, utilisée en grandes quantités, a pollué incidemment des jardins, des champs de maïs, des ruisseaux…

Concernant la destruction des espèces, le concessionnaire A’liénor apporte trois niveaux de réponse : l’évitement des zones d’habitat de ces espèces, la mise en place d’un corridor écologique et, dans le cas « d’impacts résiduels », la compensation.
En contrepartie des 592 hectares impactés écologiquement, A’liénor devrait investir pour la protection de 34 sites écologiques majeurs, sur une surface totale de presque 1400 hectares situés dans les trois départements traversés par l’A65.

Ces « compensations environnementales » mises en œuvre ne peuvent ni ne pourront faire revivre les espèces détruites, qu’elles soient végétales ou animales. Enlever la vie est un acte irrémédiable. Ces « soit- disant » compensations servent essentiellement à donner bonne conscience à ceux qui ont osé autoriser une telle dévastation et à ceux qui l’ont exécutée. Elles ont entre autres pour effet induit, l’augmentation des surfaces agricoles supprimées.

2 – Le coût financier de l’A65 est considérable

Le choix du tracé s’est porté sur le projet le plus coûteux, celui qui rejoint Poey de Lescar, au départ prévu de la Pau Oloron, très discutée à l’heure actuelle.

Les contraintes dues au relief particulièrement accidenté des coteaux du Béarn ont imposé des ouvrages importants, tels « le viaduc du Gabas », long de 444 mètres, le « viaduc du Ruimayou  », long de 245 mètres.

Il a fallu capter les nombreuses sources, pomper l’eau ; l’autoroute en travaux a parfois ressemblé à une immense piscine !

De plus, l’instabilité du sol a obligé le constructeur à entreprendre des travaux supplémentaires de consolidation du terrain : il a fallu par exemple, à Doumy, où l’autoroute est enterrée à 25 mètres environ (principe du déblai-remblai), quelques 250 pieux de béton pour contenir le terrain qui commençait à glisser, sans doute dangereusement.
Certains ponts, qui s’enfonçaient, ont dû être stabilisés.

Instabilité du terrain !!! Pourtant, la solution proposée d’aménagement de l’existant a été rejetée : solution jugée techniquement impossible à Claracq par exemple, en raison de l’instabilité du terrain ! Or Claracq ne se situe-t-il pas également dans les coteaux ?
En sus, cette solution était prétendue impossible en raison des habitations existantes ! N’y a-t-il pas le long de l’A65 des habitations impactées ?

Nos élus avaient sans doute oublié des détails et n’ont pas vraiment fait preuve de cohérence et de logique dans leurs déclarations sur ce dossier.

3 - Trafic : le compte n’y est pas

La rentabilisation de l’ouvrage semble bien compromise. Le trafic, loin des prévisions, y semble en effet peu favorable

Nous l’affirmions déjà dans nos arguments contre le projet, c’est bien sûr vérifié :
- Le seul point de congestion sur l’axe existant était la traversée d’Aire sur l’Adour aux heures de pointe : la déviation d’Aire suffit à le supprimer.
- Quant aux entrées de Pau et de Bordeaux, le trafic, essentiellement local, n’est pas capté par l’A65 et les points de congestion aux heures de pointe demeurent.
- Le tarif, sévèrement dissuasif et sélectif, abordable uniquement pour les plus aisés, rend la sécurité tant promise non accessible à tous.
Des accidents se produisent toujours sur la route initiale, que les élus ont refusé d’améliorer et par là même, de sécuriser. Si la sécurité avait vraiment été leur principale préoccupation, n’auraient-ils pas petit à petit amélioré l’existant depuis vingt à trente ans ?
De plus, les ponts qui enjambent l’autoroute sont pour la plupart très étroits, rendant très dangereux les déplacements à pied par exemple !
- Les perspectives économiques annoncées restent un leurre. En général, les camions ne font pas le choix de l’autoroute, trop chère. Certains commerçants des localités situées à proximité de l’autoroute à qui on avait promis monts et merveilles, constatent une baisse de fréquentation.

Le bruit des quelques véhicules utilisateurs pollue à tout jamais la qualité de vie des habitants des zones traversées. Dans une zone de coteaux comme le Béarn, le bruit semble jouer comme une balle de ping-pong sur les pentes. Les protections installées sont insuffisantes.

Durant les études techniques, durant l’enquête publique, les problèmes d’eau et d’instabilité du terrain ont été largement constatés et évoqués. Pourtant, nous venons récemment d’assister à l’inondation de l’A65 dans les Landes, nous assistons dans les Pyrénées-Atlantiques à des problèmes d’effondrement du terrain d’où l’obligation de travaux supplémentaires d’enrochement des pentes des bas-côtés de l’autoroute au niveau de Thèze Auriac. Il a également fallu renforcer les nombreux pieux installés entre Doumy et Viven…