4 - Réflexions

 

Un constat mais un grand regret : la presse a trop souvent occulté l’aspect financier que nous voulions faire passer, rapportant de préférence les dires de monsieur Rousset et de nos élus : il n’en coûtera rien au contribuable puisque le concessionnaire A’liénor prend tout à sa charge. Aucun souci à se faire !

Le journal Le Monde a fait partie des exceptions avec l’article d’Hervé Kempf dans l’édition du 12 avril 2008 : « Pau-Langon, chère liaison », citant Monsieur Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine : « L’hypothèse d’une faillite ne me paraît pas réaliste : les sociétés autoroutières ne sont pas idiotes. »

Axe E7 : c’est bien de l’axe E7 dont il était question au début du projet, axe international vers l’Espagne par le col du Somport. Mais rapidement, nos élus ont décidé de ne parler que d’axe à vocation exclusivement régionale : relier les deux capitales régionales Bordeaux et Pau. Stratégie qui a éliminé l’opposition à la Pau-Oloron et de la vallée d’Aspe, limitant cette dernière à la section Pau-Langon. « Diviser pour mieux régner », sans doute. Cet axe est à nouveau d’actualité avec la liaison Pau-Oloron en débat !

Quoi qu’il en soit, force est de constater, a posteriori malheureusement, que celles et ceux qui ont œuvré avec bon sens contre le projet, avaient raison. Leurs arguments étaient justes.

Leur proposition d’aménagement judicieux de l’axe existant était pertinente, moins coûteuse et suffisante pour améliorer le confort de conduite. Et surtout, elle pouvait offrir sécurité et gratuité à tous.

Les décideurs n’ont rien voulu entendre, lobbying oblige ! Les maires des communes impactées ont d’abord essayé d’exprimer leur désaccord, mais très vite, ils ont pour la plupart, fait profil bas derrière leurs conseillers généraux et régionaux et les promesses de retombées économiques (taxe professionnelle, par exemple, depuis supprimée !).
Les habitants impactés, dont de nombreux agriculteurs, ont été trop souvent éblouis, aveuglés par les éventuelles indemnisations et ont occulté l’essentiel : d’une part la perte de terres agricoles, qui pourtant sont, aujourd’hui étaient, leur outil de travail, et d’autre part la destruction de leur « Béarn ».
L’argent a fait perdre la raison à un grand nombre d’où leur abandon de la lutte contre le projet.

Comment les décideurs ont-ils osé conclure à l’utilité publique de l’A65 ?
Le projet cumulait pourtant toutes les contradictions avec les déclarations suivantes de l’État donnant à plusieurs reprises raison aux arguments des associations qui ont lutté, en vain, contre le projet.

  • En 2003, le rapport d’audit du Conseil Général des Ponts et Chaussées et de l’Inspection Générale des Finances concluait, page 41 :

« Compte tenu de l’aménagement parallèle de la RN10 entre Bordeaux et Bayonne et des faibles trafics actuellement observés, ce projet, dont le TRI varie de 18 à 20% selon les scenarii, présente des enjeux essentiellement régionaux, au nom desquels la nécessité d’une autoroute concédée de bout en bout n’est pour l’heure pas démontrée. »

  • Dans un rapport rédigé en 2006 et joint aux documents de l’enquête « Loi sur l’eau », les experts du Ministère de l’environnement et du développement durable émettaient des réserves :

« La position du MEDD a toujours été réservée sur ce projet, et plus favorable, le cas échéant, à un projet d’aménagement de l’existant…La procédure particulière engagée sur ce projet suscite des craintes quant à la prise en compte des enjeux environnementaux…  »

  • Dans un rapport d’information du Sénat (session 2007-2008) sur le fonctionnement et le financement des infrastructures de transports terrestres, la question de la nature de l’infrastructure est évoquée comme suit (page 25) dans les pistes qui « doivent être explorées afin de diminuer le coût unitaire de chaque projet. »

«  …est-il toujours nécessaire de réaliser une autoroute, qui coûte en moyenne 8 milliards d’euros par kilomètre, lorsqu’une route à 2 x 2 voies, deux à trois fois moins chère, pourrait suffire ?  »

  • Fin 2007, les déclarations officielles faites lors du « Grenelle de l’Environnement » vont tout à fait dans le sens de l’analyse des associations opposées.
  • Monsieur le Président de la République déclarait alors :

« Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé. (…) Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’était pas possible de faire autrement. »

Malgré ces déclarations, malgré les évidences dénoncées, telles le risque d’un gaspillage inconsidéré d’argent public, le contexte d’urgence pour la planète, la démesure flagrante du projet en site neuf par rapport à la solution écologique possible d’aménagements judicieux de l’existant, le lobby du BTP l’a emporté, soutenu par nos élus et par la puissante CCI de Pau.